Spa, thalasso, thermes… Les Français adorent l’eau

Comme les Macron et leur rêve de piscine à Brégançon, les Français n’ont jamais autant aimé mouiller le maillot (de bain). Nouveaux complexes, investissements pharaoniques, la balnéothérapie s’est offert une cure de jouvence.

L’ARGENT COULE A FLOT….

Si « Il y a vingt-cinq ans, aucun gros investisseur ne se serait intéressé au thermalisme, témoigne Thierry Dubois, président du Conseil national des établissements thermaux, aujourd’hui, à côté des investisseurs traditionnels comme la Chaîne thermale du soleil ou Valvital, tout le monde veut en  être. » A commencer par L’Oréal, qui a racheté en 2016 les thermes de Saint-Gervais (HauteSavoie), créés en 1806, pour relancer une marque de cosmétiques à base d’eau thermale et faire de ses cures « une véritable expérience de bien-être ». D’ici peu, le géant devrait même annoncer une deuxième acquisition.

A Brides-les-Bains (Savoie), Salins-les-Bains (Jura), Allevard-les-Bains (Isère), Saint-Amand-lesEaux (Nord) et dans bien d’autres villes-les-bains ou -les-eaux, les travaux de rénovation vont bon train, souvent accompagnés par la Caisse des dépôts et consignations. Pas le genre d’institution à investir à la légère.

L’argent coule à flots, près des sources : au total, 825 millions d’euros sont annoncés pour la période 2016-2020. De nouveaux resorts thermaux – anglicisé, cela fait moderne – devraient même voir le jour d’ici à 2020. A Châtel-Guyon (Puy-de-Dôme) avec un « concept autour de la qualité  digestive et du microbiote intestinal », extrêmement tendance depuis le succès mondial du livre Le  Charme discret de l’intestin, de Giulia Enders (Actes Sud, 2015).

 

DEMOCRATISATION DU SPA

Mais le spa, peu à peu, se démocratise. « Les hôtels 2 et 3 étoiles y viennent, observe Caroline Marcoux, consultante chez Coach Omnium & Spa. Les chambres d’hôte et même l’hôtellerie de  plein air haut de gamme veulent désormais leur spa, qui peut faire 2 000 m2 comme 50 m2. C’est un  concept très peu normé, donc adaptable, qui va continuer de croître. »
Notamment sous la forme de spas urbains (hors hôtels), dont celui des Cinq Mondes a constitué le prototype, en 2001, à Paris. Une version bon marché se répand dans le nord de la France : la location d’une pièce à décoration exotique équipée d’un bain bouillonnant et d’un hammam, avec massages en option. « Il y a aussi le marché d’avenir des spas dans les résidences seniors,  complète Mme Marcoux. Le groupe Domitys en a installé un en Alsace. Il y a trois semaines d’attente  pour les cours d’aquagym ! »

 

A QUOI ATTRIBUER CET ATTRAIT POUR LA VIE AQUATIQUE, ce besoin de croire en la promesse d’une dissolution de tous les maux dans l’eau ?

Au vieillissement de la population, évidemment, qui accroît les maux à dissoudre. A la nécessité de préserver un capital santé et beauté pour rester dans la compétition de l’emploi. Mme Marcoux voit là « le pendant de la dureté de la  vie, tant personnelle que professionnelle. Il s’agit de revenir à la source, de  se recroqueviller dans un décor aux formes enveloppantes, avec une  présence maternante qui prend soin de vous, avec la chaleur, les massages comme des caresses, et l’eau chaude pour oubli, pour abandon. » L’intra-utérin convoqué contre l’angoisse.

Voilà qui pousse à prendre les eaux, qui donne de l’ampleur à cette vague du wellness, du bien-être, qui n’emporte pas Roland Meyer, docteur en psychologie clinique et psychanalyste : « Nous  sommes, pense-t-il, dans une société individualiste, du culte de l’image, du corps, du tous pareils  plutôt que du tous ensemble. Dans le fantasme du transhumanisme, de l’immortalité du corps qu’il  faut donc entretenir, régénérer. » L’eau, élément premier, est à l’origine de l’existence dans toutes les mythologies, à l’en croire. « C’est la potion magique de l’éternelle jeunesse. » Même tombés dedans quand on était tout petits (grâce aux incontournables vacances en bord de mer), on en reprendra bien un petit peu.

 

LE MONDE | 29.06.2018 à 14h57 • Mis à jour le 02.07.2018 à 10h53 | Par Catherine Rollot  et Pascale Krémer